Théâtre 95

LE CYCLE DES SAISONS…

Il n’y a rien qui commence et qui ne se termine pas.
Tout ce qui est vivant est appelé un jour à disparaitre pour renaitre ensuite sous une autre forme. La nature est ainsi faite, et le monde de l’art et de la culture n’échappe pas non plus à cette loi universelle.
L’histoire plus que trentenaire du Théâtre 95, lieu vivant s’il en est, ne déroge pas à cette évidence, elle nous montre également que l’existence, la croissance et la vitalité d’un lieu de vie et de création comme le nôtre est avant tout, le fruit d’un travail collectif, produit par toutes celles et tous ceux qui, à mes côtés, ont partagé avec moi, en partie, cette belle aventure humaine. Qu’ils soient auteurs, metteurs en scène, comédiens, techniciens, médiateurs culturels ou gestionnaires, chacun d’eux a joué son rôle au service du théâtre et du public. J’exprime ici ma reconnaissance chaleureuse à toutes ces femmes et tous ces hommes avec lesquels j’ai partagé ces moments de doute, de réflexion, ces éclats de rire et ces vrais moments de bonheur qui ont jalonné chacune de ces années.
J’aimerais aussi rendre hommage à la fidélité de notre large public qui nous a témoigné durant toutes ces années sa confiance. Qu’il soit déçu, surpris ou ravi, il a toujours été présent à nos cotés.
Et puis je dois aussi manifester ma gratitude aux élus et responsables de nos différentes tutelles qui se sont succédés depuis nos débuts (la CACP, la DRAC, le Département, la Région). Ils ont soutenu ce projet dès son origine, au premier rang desquelles l’agglomération de Cergy-Pontoise sans laquelle rien n’eut été possible sur ce territoire qui incarne plus que n’importe quel autre la complexité d’un monde de plus en plus chaotique et incertain que nous avons tenté au travers de nos spectacles ou de nos débats de rendre plus lisible et intelligible.

L’histoire de ce théâtre s’est confondue en grande partie avec la mienne. Durant ces trente années, j’ai dirigé ce lieu après lui avoir donné naissance, je l’ai fait grandir saison après saison, avec l’aide de tous, j’y ai écrit, mis en scène et j’y ai invité de nombreux créateurs, artistes et intellectuels venus des quatre coins de France, d’Europe et du monde, qui ont défendu des milliers d’œuvres, nous avons mis en place des milliers d’actions culturelles et de débats destinés à des dizaines de milliers de citoyens. Ce sont à ce jour plus de 800.000 spectateurs, participants, stagiaires, élèves, qui ont franchi tout au long de ces années les portes de notre théâtre.

Alors si cette histoire-là s’achève, l’histoire ne s’achève pas là pour autant !
La prochaine saison sera certes la dernière du Théâtre 95 tel que vous l’avez connu et pratiqué. Elle débutera comme d’habitude en octobre prochain pour finir exceptionnellement trois mois plus tard, avec la fin de l’année 2017.
Elle comprendra sept spectacles, dont ma prochaine création « Le Chant des signes 2017 » qui partagera la scène du Théâtre 95 avec une programmation (au-delà de notre classique de rentrée avec l’éternel Molière) exclusivement contemporaine, comprenant deux classiques contemporains Bernard-Marie Koltès et Samuel Beckett mais aussi plusieurs auteurs vivants.

Au terme de cette courte saison de transition, le Théâtre 95 en tant que tel verra donc son aventure prendre fin, son personnel et ses locaux « se fondre » dans la nouvelle Scène Nationale « augmentée » de Cergy-Pontoise, qu’animera dès la rentrée prochaine, Feriel Bakouri, sa nouvelle directrice, porteuse de perspectives nouvelles et réjouissantes d’abord pour vous public, « le destinataire de la représentation », mais aussi pour chacune des deux équipes des deux établissements qui n’en feront plus qu’une seule dans quelques mois.
Souhaitons aussi qu’au sein de cette nouvelle Scène Nationale, le projet du Théâtre 95 conserve toute sa place, qu’il ne soit pas simplement absorbé, englouti, digéré, mais qu’il continue d’exprimer fortement l’esprit fondateur de ce théâtre, celui d’un lieu de création en prise directe avec son temps, celui d’un lieu de résistance contre l’ordre établi au-delà des modes et des préjugés refusant la variation du « même ». Celui aussi d’un lieu de questionnement et de débat sur les grandes questions qui agitent notre monde, mais aussi celui d’un lieu convivial et chaleureux au service des habitants. Souhaitons que cet esprit vibre encore longtemps dans ces murs, qu’il continue à faire notre fierté, en poursuivant, sous d’autres formes, ses missions d’origine.

Je tourne donc avec vous tous aujourd’hui amicalement, ces belles pages où sont inscrites ces trois décennies d’un travail passionnant à la direction de ce théâtre pour renouer à présent avec mes origines au sein d’une compagnie en résidence rattachée à cette nouvelle Scène Nationale.
Je vais donc me consacrer pleinement à l’écriture et à la mise en scène pour les trois prochaines années à Cergy-Pontoise, continuer d’aller à la rencontre du public ici et ailleurs pour faire un théâtre qui parle du monde d’aujourd’hui, restant persuadé que la fréquentation de l’art peut nous éloigner de la barbarie.
Merci à tous et à chacun, collaborateur, artiste, spectateur pour toutes ces joies artistiques et humaines qui ont donné du sens à ma vie jusqu’à ce jour… Je vous donne donc à nouveau rendez-vous dès la rentrée dans votre théâtre, cette fabrique d’imaginaire où se racontent les histoires qui réunissent les gens.

Joël Dragutin