Théâtre 95

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Mortagne n’aura t-elle été seulement qu’une vague espérance ?

À l’heure où la grande aventure du Théâtre 95 est en passe d’évoluer vers d’autres destinées et tandis que sonne l’heure des bilans, il est grand temps d’affronter cette question qui nous hante pour tenter en quelques lignes d’y apporter une esquisse de réponse qui se voudrait la plus objective possible : Mortagne n’aura t-elle été seulement qu’une vague espérance ?
Formuler ainsi de façon interrogative, autrement dit en laissant planer l’ombre du doute sur ce qui fut, trente années durant, la devise d’une aventure humaine sans précédent risque d’en déstabiliser plus d’un.

Si Mortagne en effet n’avait été seulement qu’une simple illusion ? Si la fin du Théâtre 95, avalé dans le tourbillon de sa propre histoire, avait déjà relégué le mythe mortagnais dans un recoin de ce vaste cimetière des utopies éphémères, ignorées du plus grand nombre. Avouons en passant que ce serait un comble pour une cité qui, dès ses origines, s’est efforcé de conquérir puis de conserver le titre tant convoité de Capitale Mondiale de l’Anonymat. Mais face à ces doutes légitimes, nous nous devons d’opposer une lecture plus conforme à ce fier esprit mortagnais dont nous nous réclamons. Et si, plus que de n’avoir été seulement qu’une vague espérance, la capitale percheronne avait outrepassé sa mission première, au terme de ces trois décennies, en allant bien au-delà de nos souhaits les plus irrationnels

À tous ceux, gagnés par ce déclinisme de bon ton propre à nos sociétés post-modernes et qu’une telle hypothèse laisserait sceptiques, nous voulons rappeler combien la Capitale de l’Anonymat a su incarner, pour des millions d’individus, une alternative salvatrice à une société qui érige la célébrité, la notoriété en diktat et intime à chacun de devenir « Star » ou de sombrer à jamais.
Le « Voyage à Mortagne », dans la lignée d’autres grands voyages initiatiques, a permis à nombre de nos concitoyens de s’émanciper des clichés éculés d’une gloire éphémère promise par tous les « réseaux sociaux » de la société du spectacle, afin d’apprendre à goûter peu à peu les joies plus subtiles d’un anonymat trop longtemps synonyme d’échec et de solitude. Une forme de « désintoxication » dont les médias – complices évidents de cette sous-culture de cette apologie de la médiocrité étoilée – ont bien été obligés de reconnaître l’efficacité sanitaire incontestable du voyage. Pour preuve, cet article récent paru conjointement dans l’Echo Percheron et dans Psychology à propos de ces quatre jeunes issues de la banlieue que tout destinait à une célébrité éphémère et qui ont pu, au terme de trois semaines de cure intensive, non seulement demeurer totalement inconnus, mais surtout, ont vu accroître de plus de 36% leur désir d’anonymat.
Rappelons que le Théâtre 95 a été (et est resté longtemps) le premier et le seul à saisir et à faire connaître les ressources de ce territoire, avant que les pouvoir publics, récemment alertés par l’ampleur du phénomène, ne déploient des moyens considérables au travers d’un Dispositif de Soutien et Développement de l’Anonymat, dont l’évaluation prochaine permettra enfin d’en mesurer la portée régionale, voir nationale.

« Après trente années consacrées avec succès à la promotion de l’Anonymat, le temps est venu pour Mortagne d’afficher sans complexes des ambitions mondiales et de commencer d’accueillir dans ses murs les premiers réfugiés que la célébrité a jeté sur toutes les routes gares et aéroports du globe. »

Une déclaration des autorités, la semaine dernière, semble inscrire la politique de l’Anonymat dans la durée. C’est plus qu’il n’en fallait pour nous rassurer définitivement.