Théâtre 95

ceinture

Sous la ceinture

De Richard Dresser
Mise en scène de Delphine Salkin 

Vendredi 22 novembre et samedi 23 novembre à 20 h 30
Une rencontre avec l’auteur, le traducteur et l’équipe artistique aura lieu le vendredi 22 novembre à l’issue de la représentation 

 

Une pièce qui décrit avec une remarquable acuité un certain monde de l’entreprise, un huis-clos où l’hilarité et la vivacité, loin de nuire à la gravité du propos, lui donnent un relief inattendu. 

Sur un site industriel hautement polluant, Dobbitt, le nouveau venu, de nature conciliante, occupe un poste de Vérificateur. Hanrahan, l’ancien, voit aussitôt en lui un possible rival. Quant au cynique Merkin, leur supérieur, il éprouve pour sa part autant de plaisir que d’intérêt à souffler sur les braises.

Jalousies, harcèlement et manipulations en tous genres ponctués de coups bas et de mesquineries comiques jalonnent les existences de ce trio de solitudes. Mais pendant que les hommes se déchirent et s’égarent dans leurs propres pièges, le monde nocturne et son peuple inquiétant accentuent leur pression.

 

avec Olivier Cruveiller, Jean-Philippe Salério et François Macherey

traduction Daniel Loayza
lumière Daniel Lévy
costumes Catherine Somers
création sonore et compositions musicales Pascale Salkin

scénographie Barbara de Limburg

spectacle de Nonumoï / coproduction Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine, Théâtre 95 / aide à la création des textes dramatiques du CNT / aide à la création de la Spedidam pour la bande originale / avec le soutien du Théâtre Varia à Bruxelles, du Théâtre de L’Europe– Odéon et du Théâtre de Gennevilliers

La traduction de la pièce est parue aux Editions Actes Sud-Papiers (2013). L’Auteur est représenté dans les pays de langue française par l’Agence MCR, Marie Cécile Renauld, Paris, en accord avec The Gersh Agency, New York. 

 

Interview de Delphine Satkin

Comment avez-vous découvert ce texte ?

Thomas Ostermeier l’avait monté en allemand en 1998- 99. A l’époque, le programmateur de l’Odéon avait trouvé le texte formi- dable et avait demandé à Daniel Loayza de le traduire en français pour une lec- ture. Alors que je cherchais un texte qui me permette de particulièrement tra- vailler sur le jeu de l’acteur, Daniel, qui est mon mari, a ressorti celui-là d’un ti- roir. La pièce n’avait jamais été mise en scène en français. Richard Dresser est inédit en France : Sous la ceinture est la seule de ses pièces traduite dans notre langue. Je l’ai lue et j’ai immédiatement voulu la monter !

Que raconte cette pièce ?

Elle évoque un univers qui rappelle Brazil, un monde qui oscille entre Kafka et Beckett. On rit beaucoup mais, derrière le rire, se révèle une épaisseur absurde et cauchemardesque. Sur une plateforme en plein désert, travaillent trois hommes. Ils sont vérificateurs, sans qu’on sache ce qu’ils vérifient. Ils sont perdus, seuls, sans loisirs ni plaisirs ; le travail est le seul point de mire. Ces trois hommes se racontent mais sont comme extirpés de ce qui fait le sens et le goût de la vie humaine. La pièce raconte une société pleine de solitude, où les hommes ne parlent pas de ce qui les anime vraiment. L’ensemble apparaît comme le cauchemar d’une fin du monde où ne resteraient que des rescapés absurdes. Ils passent le temps à s’infliger les uns aux autres, par la parole, tous les coups bas possibles. Sous la ceinture, dit le titre, désignant ainsi les coups interdits dans un com- bat loyal.

Quels acteurs faut-il pour une telle partition ?

Il faut des acteurs à la palette très large. Comme toute comédie, elle doit être jouée avec précision et vélocité. Cela requiert une grande technicité, et autant d’ironie et d’humour que d’épaisseur tragique. Les trois rôles sont équivalents en force et en présence: il faut donc trouver une égalité de jeu où les comédiens peuvent se renvoyer la balle et se motiver les uns les autres. Et en même temps, il faut des acteurs capables de rendre la poésie, la beauté et l’élégance du texte, qui n’est ni trivial ni vulgaire. Les personnages sont méchants avec finesse et intelligence : il faut des acteurs qui aient cette cruauté élégante, rapide et inattendue.