Théâtre 95

lateral1920

LE CHANT DES SIGNES 2017

THÉÂTRE

TEXTE ET MISE EN SCÈNE JOËL DRAGUTIN
CRÉATION THÉÂTRE 95


MERCREDI 15 NOVEMBRE > 20H30
JEUDI 16 NOVEMBRE > 20H30
VENDREDI 17 NOVEMBRE > 20H30
SAMEDI 18 NOVEMBRE > 20H30
DIMANCHE 19 NOVEMBRE > 16H00
MARDI 21 NOVEMBRE > 20H30
MERCREDI 22 NOVEMBRE > 20H30
JEUDI 23 NOVEMBRE > 20H30
VENDREDI 24 NOVEMBRE > 20H30
SAMEDI 25 NOVEMBRE > 20H30

en création durée
Salle Visconti

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Inspirée directement par l’année électorale qui s’est achevée en mai dernier, cette pièce nous plonge dans l’univers impitoyable de la politique et des médias à la manière d’une fresque tragi-comique, où huit personnages d’aujourd’hui incarnent les différentes facettes de l’offre politique actuelle et se provoquent, s’affrontent ou se soutiennent à grands renforts d’ « éléments de langage ». Depuis la création du Théâtre 95, Joël Dragutin s’amuse à faire « rendre gorge » aux diverses langues de bois qui ont envahi progressivement toutes les dimensions de nos vies. En réactualisant LE CHANT DES SIGNES plus de vingt ans après sa création, il continue de « tirer la langue » aux rouages trop bien huilés de la parole politique et nous la montre tel qu’elle est devenue : une langue (presque) morte.


DISTRIBUTION

Texte et mise en scène Joël Dragutin
Assistant à la mise en scène Jean-Baptiste Delcourt
Conseillers à la dramaturgie Géraud Bénech, Thierry Germain, Quentin Le Fèvre
Avec Clémentine Bernard, Emmanuel Depoix, Sarah Glond, Aurélien Labruyère, Stéphanie Lanier, Valentin Rapilly, Frédéric Rose, Jessy Ugolin
Scénographie Clémence Bezat
Régie générale et son Alexis Jimenez
création lumière Nicolas Simonin
Costumes janina ryba
Conseiller gestuelle scénique Philippe Fialho
Conseillère chant Valérie Yeng Seng
Stagiaire à la coordination Céline Dobrev
Stagiaire à la mise en scène Caroline Aubé
Stagiaire plateau Anthony Robine
Production Théâtre 95

ENTRETIEN AVEC JOËL DRAGUTIN

LE CHANT DES SIGNES « 2017 »
ENTRETIEN AVEC JOËL DRAGUTIN

« Quelles sont les perspectives qui s’ouvrent à nous à l’aube du XXIe siècle ? Commençons sans plus tarder, il est 23h45 et nous sommes tous très fatigués. »

Joël Dragutin, quand vous avez écrit la première version du Chant des signes, en 1995, que signifiait pour vous ce titre ?
Il s’agissait de montrer, au travers d’un jeu de mot avec « chant du cygne » que les signes, les mots, ceux en l’occurrence du discours politico-médiatique, tendaient à n’être plus qu’une sorte de musique précédant et annonçant la mort du sens.
Cette première version mettait en scène une réunion, assez représentative d’un dispositif de pouvoir emblématique, et à laquelle participaient un homme et une femme politiques, un directeur de cabinet, une assistante de direction, un attaché culturel, un « technocrate libéral » et une journaliste névrotique.
Partant d’un « ordre du jour » très général, tout ce petit monde produisait deux heures de pure langue de bois. Comme des sortes de machine à parler, jusqu’à l’épuisement physique. Leurs interminables échanges abordaient les sujets les plus divers, sans ordre, sans hiérarchie et sans transitions : l’Europe, les espaces verts, la délinquance, la pollution, la culture, la démocratie, le rire…
De temps à autre, des sondages plus ou moins crédibles tombaient du ciel, supposés nourrir leur réflexion, des pseudo-pauses café intervenaient au hasard, la journaliste posait des questions sans rapport entre elles auxquelles elle n’attendait visiblement pas de réponses…

Et quel était votre propos sous-jacent ?
Cette parole creuse et consensuelle à peu de frais, ces échanges « hors sol », plus ou moins déconnectés de la réalité, qui ne se référaient qu’à leurs propres codes, qui ne fonctionnaient plus que comme une sorte d’incantation sans aucun effet, me semblaient la manifestation la plus symptomatique de l’état de la société, et le masque d’une sorte de totalitarisme « soft ».
La notion de langue de bois a été inventée par les habitants des pays du bloc communiste pour qualifier les slogans féériques et les promesses de « lendemains qui chantent » de leurs dirigeants. La langue de bois plus ou moins social-libéralo-démocrate que je donnais à entendre, présentait elle aussi, une société radieuse, où il n’y avait pas de problème qui ne trouve de solution…

Cette langue qui ne dit rien, que dit-elle néanmoins, en creux ? Qu’est-ce qu’elle cache ?
Elle fonctionne comme une sorte de discours religieux, elle a d’abord vocation à rassurer. Elle peut aborder le chômage, le statut de la femme, ou l’avancée du terrorisme, avec les accents les plus graves et « sincères », dans un apparent souci d’efficacité et d’une ferme résolution, mais en réalité elle ne détermine aucune action, elle ne se confronte pas au réel, elle ne vise pas à le transformer. Elle est ritualisée, comme une sorte de messe , elle produit une illusion partagée, qui soude un peu la communauté mais qui permet surtout de laisser les choses en l’état.
Le spectateur, ensuite, face à ce flot, a une marge d’interprétation. On peut penser qu’une telle langue de bois est constitutivement la langue du pouvoir, que de tout temps la parole du pouvoir, et même la parole publique en général, a eu tendance à se vider de son contenu. Mais, de façon plus spécifique à notre temps, il n’est pas interdit de penser qu’en l’occurrence ce vide est le masque d’un véritable projet de société libérale, où seuls le marché, les puissances de l’argent et les superstructures économiques déterminent la marche du monde, ce personnel politique-là étant devenu au fil des décennies plus qu’une courroie de transmission, un médiateur édulcorant entre ce système violent, brutal, fondé sur l’exploitation et la spéculation, et nous tous citoyens…

En quoi le théâtre est-il pertinent pour montrer cela ?
Vitez déjà avait pensé que le théâtre serait bien inspiré de s’interroger sur les langues de bois, de s’en emparer. La parole politique, économique, publicitaire et médiatique recouvrant de plus en plus la réalité de nos sociétés, et, dans la mesure où le théâtre est, lui, le lieu d’une parole transitive, agissante, adressée, il peut se donner pour projet de déconstruire ce masque et peut-être rouvrir, dans les rapports sociaux, un accès plus réel et plus sensible.
Le capitalisme moderne ne capte pas seulement les richesses les profits, il nous dépossède aussi des mots eux-mêmes, il les pollue, les dévitalise, en phagocyte le contenu. Mettre sur scène des échanges, des débats, des conflits même, autour de mots vides – outre la dimension éminemment théâtrale et la dramaturgie assez vertigineuse que cela produit– me semble un antidote plutôt efficace contre cette dépossession…

Plus de vingt ans après cette première version, qu’est-ce qui a changé et qu’est-ce qui oriente votre réécriture ?
Au premier abord, en relisant la pièce, j’ai eu le sentiment qu’elle était telle quelle toujours actuelle, à quelques thèmes et nuances près. De fait, le discours est resté de cette même nature même s’il est devenu de plus en plus une simple façade musicale ou décorative.
Puis j’ai compris qu’en revanche sa réception par la population, elle, avait changé. Il me semble que nous sommes moins dupes, moins complices de ces rituels. Il y avait encore à l’époque une indulgence relativiste à l’égard des ritournelles politiques, au nom de l’espoir qu’elles puissent, paradoxalement et malgré tout, garder une petite part d’efficience. Il me semble qu’aujourd’hui, les gens ont abandonné cet espoir, et que, s’ils s’intéressent en apparence à une élection par exemple, c’est à la manière dont on peut suivre un jeu télévisé ou une émission de téléréalité. Nous avons lâché nous aussi sur les contenus, et ce bruit de fond est devenu à nos oreilles comme de la variété anglo-saxonne, un divertissement auquel personne ne cherche une seconde à prêter du sens.
Mais, parallèlement, il y a eu des prises de conscience, nous n’avons plus la même foi dans le progrès pour le progrès, dans la communication qui communique, il y a de nouvelles formes de contestation des fondements idéologiques mêmes du système. La crise de la représentation, qui en 1995 était encore latente, est devenue patente. Le discours social-libéral ou social-démocrate, a vécu, et ce qu’il en reste ne fait plus trop illusion. Les partis traditionnels de gouvernement s’effondrent, soit au profit des populismes, soit au profit de la recherche de formes politiques et démocratiques réellement nouvelles. Je ne pense pas que le système actuel puisse perdurer encore des décennies, et c’est pourquoi j’ai souhaité réécrire Le Chant des signes en ouvrant aussi sur des perspectives autres qui n’étaient pas présentes à l’époque…

Lesquelles ?
En tant qu’artiste, je ne veux pas me poser en prophète, mais il me semble que doivent et vont s’ouvrir des champs d’action nouveaux, des changements d’échelle, au travers de « révolutions minuscules ». Les partis, les délégations globales institutionnelles semblent inadaptés au monde tel qu’il est devenu. Ce constat me semble indiscutable, les sociétés, comme les individus, naissent, vivent et disparaissent, notre démocratie représentative telle qu’elle fonctionne actuellement connait ses dernières années…

Et, d’après toi, pour laisser la place à un monde meilleur ou pire ?
Je pense qu’il y a des forces vives dans la population, notamment chez les jeunes générations mais pas seulement, qui aspirent à tourner résolument le dos à tous les systèmes globalisants, totalisants. La pensée d’un Bruno Latour par exemple, nous aide à envisager des définitions nouvelles de la démocratie. Des formes plus directes, plus circonscrites, plus pragmatiques – et plus fécondes sur le terrain des rapports entre les individus – sont expérimentées un peu partout, il y a une grande aspiration à cela : que des communautés plus restreintes, à l’échelle des quartiers, des villages, de groupes s’affrontant à des problématiques plus définies – l’éducation, l’énergie, les transports, la santé, l’alimentation, l’habitat, etc. – se constituent et parviennent ainsi réellement à changer des choses…
À l’intérieur d’une société dont l’impuissance est à la mesure de sa globalisation, les citoyens ont de plus en plus conscience de la nécessité de décentraliser les processus de décision, il y a un besoin profond de transparence, de suivi des politiques, et si ces derniers ne le comprennent pas, une nouvelle démocratie s’inventera sans eux, voire contre eux. Le temps des chèques en blanc est sur le point de s’achever, il y a partout des initiatives et des groupes, même peu visibles, qui travaillent en ce sens…

L’art et la culture peuvent, doivent, accompagner cette mutation ?
Oui, oui, ils le doivent… Mais eux aussi ont eu tendance à être contaminés par le consumérisme généralisé, même s’ils restent intrinsèquement des vecteurs très puissants d’élaboration des pensées et des formes nouvelles. Les artistes se doivent d’être à la pointe des mutations nécessaires, et eux aussi doivent travailler à une décentralisation réelle, effective, des modalités de production et de création… Il en va de même pour l’éducation à mon avis, les contextes sociaux et les territoires sont trop divers pour que la logique du « maillage d’une pensée unique venant du haut » survive encore longtemps, elle n’est plus adaptée, ni à l’état du monde ni aux aspirations des gens.
Dans Le Chant des signes, ce qui meurt, c’est la verticalité. Aujourd’hui, il y a un besoin d’horizontalité, et je suis convaincu que les jeunes vont s’emparer de ça, et que, l’horizon, c’est le « micro » qui transforme le « macro », et non plus le contraire. Même les grandes problématiques – la technoscience, le climat, les replis communautaristes… – ne peuvent sans doute être affrontées efficacement que de cette manière-là. Certains croient aux vertus du numérique pour accompagner ce mouvement, c’est une possibilité, mais il faut rester méfiant car ce sont des outils très porteurs d’idéologie et de déréalisation et que, au-delà des discours « new age », ils sont pour le moment dans les mains d’acteurs économiques dont la logique est principalement financière et hégémonique – mais cela évoluera peut-être. Pour l’heure, l’art, l’art vivant en particulier, me semble être toujours un outil irremplaçable…
propos recueillis par Xavier Maurel, mars 2017

LA PRESSE EN PARLE

LE FIGARO
« Puisqu’il est clair que nous ne sommes plus au siècle des lumières mais à l’heure de toutes les confusions magistralement gérées par la publicité, la télévision et les mensonges politiques, Joël Dragutin a pris le parti de presque en rire. Sans donner de leçon mais en pointant ce que l’espèce humaine (nous donc, hélas !) est devenue. […] »
Jean-Luc Jeener

TELERAMA
« […] Joël Dragutin poursuit son observation de la société de notre temps et croque délicieusement un monde dans lequel chacun peut se reconnaître. […] »
Sylviane Bernard-Gresch

LIBERATION
« Joël Dragutin développe ses idées et son talent […] au Théâtre 95. Depuis toujours, il note méticuleusement tous les travers de la société du spectacle, s’appuie sur les thèmes de Bourdieu, Baudrillard, Roland Barthes, en y ajoutant une perspective tragicomique, quasiment surréaliste. […]

L’EXPRESS
« Dragutin met le langage en l’air avec une virtuosité ébouriffante. Et redoutable. (…) »

QUEBEC PRESSE
« J’aurais aimé avoir deux pleines pages pour vous raconter l’entrevue avec Joël Dragutin, qui était de passage à Montréal. C’est l’un des hommes de théâtre les plus articulés et les plus lucides que j’ai rencontré depuis longtemps. Il a compris avant tout le monde la nécessité de la rencontre, du choc des cultures pour sortir le théâtre des ghettos… et pour l’amener à la vie, à l’universel. »

POLITIS
« Joël Dragutin célèbre la langue de bois […] C’est fort et troublant… »
Gilles Costaz

DOSSIER DE DIFFUSION