Théâtre 95

vieexterieure

La vie extérieure

de Annie Ernaux
mise en scène d’Hugues Demorge

Vendredi 17 et samedi 18 janvier 2014 à 20h30

 

Quand je suis arrivée à Cergy, j’ai eu le désir d’écrire sur ce que ça signifiait de vivre ici, dans cette « ville nouvelle » de la région parisienne, moi qui avais toujours vécu en province. Je me suis mise à tenir un journal dans lequel je consignais les choses vues, entendues dans les lieux que je fréquentais habituellement, ces lieux où l’on croise les gens, le centre commercial des Trois-Fontaines, les supermarchés, la gare RER, les transports en commun. Une sorte de journal extérieur pour fixer des mots tagués sur les murs, des scènes fugitives, des conversations, ces multiples fragments d’existence saisis aux caisses de Leclerc et d’Auchan, chez le coiffeur, dans les couloirs du métro. Retenir le temps mais aussi déchiffrer les signes de plaisir ou de souffrance sociale, de la banalisation de l’exclusion. Donner à voir ce que tout le monde voit sans voir, sans vouloir voir, car, comme le dit Heidegger, «le chemin des choses proches pour nous autres hommes est de tout temps le plus long et le plus difficile ». Et sans doute le plus politique. Aujourd’hui, dans la pureté de sa mise en scène, Hugues Demorge offre à ces choses proches un surcroît d’existence et d’interpellation. Par cette présence absolue qu’est le théâtre, il confère un accès direct, trou- blant, à notre vie et à la vie des autres.
Annie Ernaux

Lorsqu’on s’intéresse à l’œuvre novatrice d’Annie Ernaux et que, par ailleurs, on se préoccupe de théâtre, on peut – doit? – s’interroger sur la place particulière qu’il convient de réserver aux fragments qui composent ses journaux extérieurs, Jour- nal du dehors, publié en 1993, La Vie ex- térieure, en 2000. Après avoir lu au fil de son introduction: «J’ai eu envie de transcrire des scènes, des paroles, des gestes d’anonymes (…) des graffiti… », ou bien : « qu’on se découvre soi-même davantage en se projetant dans le monde extérieur que dans l’introspec- tion du journal intime… », comment ne pas songer alors à d’autres termes ? « Adap- tation », par exemple. Des « scènes… », qui, paradoxalement, n’avaient jamais été mises en scène. A fortiori, près du théâtre des opérations…
Hugues Demorge 

 

avec Corianne Mardirossian
production L’Excès inverse / avec le soutien du Théâtre 95 

 

Biographie d'Annie Ernaux

Depuis son premier roman Les Armoires vides en 1974, cette écrivaine, agrégée de lettres et originaire d’un milieu ouvrier, n’a eu de cesse de parler de sa vie, d’elle-même, et plus particulièrement de ses émotions. Souvent accusée d’impudeur, elle nie en bloc expliquant que l’ex- hibitionniste se cache en espérant être pris en flagrant délit. Pas Annie Ernaux qui ne cache rien, se justi- fiant par un simple « ça s’est passé », même si elle avait conscience de sa tendance à vouloir écrire des livres « qui rendent le regard d’autrui in- soutenable…» C’est de ce paradoxe que jaillit son écriture épurée. Non pour se singulariser; mais pour ex- primer les plaies intérieures, celles de sa difficulté à surmonter le fossé entre ses origines et ses amours litté- raires, celles de ses relations passion- nées et complexes avec les hommes et l’amour en général, celles de la maladie d’Alzheimer, celle de son avortement illégal dans La Honte. Prix Renaudot pour La Place, Annie Ernaux dérange, agace, fas- cine mais ne cède jamais aux sirènes du business qui domine tant les lois du marché littéraire.

Biographie d'Hugues Demorge

Professeur de lettres au collège de Vigny, il est aussi, parfois, auteur et metteur en scène, créant alors, au sein du collectif L’Excès inverse, des formes poétiques un rien déjantées : En jeu(x) (2001-2002), Ni l’ombre ni la lumière (2005-2007), Rare fil (2008-2009). Montrées au Théâtre 95, ou ailleurs. Ses rencontres avec Annie Ernaux l’incitent, depuis quelque temps, à revoir sa copie…