Théâtre 95

maison

La maison et le zoo

D’ Edward Albee
adaptation de Jean-Marie Besset
mise en scène de Gilbert Désveaux 

Jeudi 28 novembre à 19h
Vendredi 29 novembre à 20h30

Au début, The Zoo Story, écrit en 1958 par Edward Albee. Cinquante et un ans plus tard, l’auteur américain écrit Homelife. Ensemble, ces deux actes constituent La Maison et le Zoo, dans une adaptation de Jean-Marie Besset. 

New York. Dans le bel appartement où vivent Anne et Peter. L’éditeur manie ner- veusement un pavé scolaire, tandis que sa femme lance, à l’autre bout de la pièce: « Il faut qu’on parle. » Anne, installée dans son couple, cherche des solutions à la mort du désir. De son côté, Peter ne com- prend pas ce désarroi, mais finit par livrer les secrets d’une expérience qu’il a vécue dans son adolescence.

On pense à Feydeau, un rire grinçant, la peinture d’une bourgeoisie un peu ridicule, ou chacun rêve de redécouvrir l’« animal » qui sommeille en lui. On retrouve ensuite Peter, assis sur un banc de Central Park où il se fait ha- ranguer par un drôle d’individu. Jerry, d’un milieu beaucoup plus modeste, raconte les lubies de ses extravagants voisins, plongeant peu à peu dans un récit proche du délire. Peter, inter- loqué et intéressé, est comme « sous hypnose » jusqu’à ce que la situation dégénère. Une fin imprévisible plonge la pièce dans une certaine noirceur et éclaire de manière acide la première partie.

 

avec Xavier Gallais, Anne Loiret et Jean-Pierre Lorit

scénographie Annabel Vergne
lumière Maryse Gautier

son Serge Monségu
costumes Annabel Vergne et Marie Delphin
collaboration artistique Régis de Martrin-Donos

production Théâtre des 13-Vents-CDN Languedoc-Roussillon-Montpellier

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Biographie d'Edward Albee

Edward Albee est né à Washington en 1928. Son père étant proprié- taire de théâtres, il se familiarise très jeune avec cet univers. Proche de sa grand-mère maternelle, il lui dédie en 1960 sa pièce Le Bac à sable (The Sandbox). À dix-huit ans, sa mère le chasse à cause de son homosexualité. Il écrira pour elle Trois femmes grandes.

Installé dans Greenwich Village, il compose en trois semaines sa pièce The Zoo Story (1958). Refusée à New York, elle est créée à Berlin en 1959. Quatre mois plus tard, elle est programmée à Greenwich Village.

En 1963 est présentée à Broadway son œuvre la plus connue: Qui a peur de Virginia Woolf ?, récompen- sée par un Prix Pulitzer.

Il en sera tiré le film à succès de Mike Nichols avec ElizabethTaylor et Richard Burton. Albee obtient le prix Pulitzer également pour A Delicate Balance en 1966, Seascape en 1975, et Trois femmes grandes (Three Tall Women) en 1991. En 2001, il crée The Play About the Baby.

En 2005, Albee obtient un « Special Tony Award » pour l’ensemble de sa carrière.

Interview de Gilbert Désveaux

Qui sont Peter, Ann, Jerry ? Des figures de naufragés du monde occidental ?

Ann et Peter sont issus de la bourgeoisie intellectuelle, blanche et chrétienne (WASP – White Anglo Saxon Protestant) qui a long- temps été (et demeure en grande par- tie) la classe dirigeante des États-Unis d’Amérique. Edward Albee, dans son théâtre, s’est évertué à décortiquer l’image policée et civilisée que donne, en société, ce couple hétérosexuel idéal. Car, dans l’intimité, alcool aidant, les masques tombent et les rancœurs, les aigreurs, les frustrations surgissent… Et ces puissants apparaissent misérables et fragiles. Jerry est un mystérieux agent provocateur qui vient bousculer la vie sage des gens civilisés. Est-ce un animal sauvage échappé du zoo? Peut être… En tout cas, un « mauvais garçon » qui hante le parc en quête de rencontres (sexuelles ?) nocturnes et un rebelle à tout engagement. Finalement, hors ou dans le système, il n’y a aucun espoir de vivre une vie digne et belle dans ce pays à cette période.

La pièce se divise en deux parties: monde domestique et monde sau- vage… Quelle est la thèse défendue par Albee ?

La première partie – La Maison, ou Vie domestique – a été écrite quarante après la seconde – Le Zoo ou Vie sauvage – qui a été créée, et jouée longtemps, sous le titre de Zoo Story. La maison éclaire le zoo. Elle en est, paradoxalement, l’antichambre. Nous sommes tous, plus ou moins, prisonniers de conventions, de règles, de lois comme des animaux derrière des barreaux. Mais, nous sommes tous des animaux. Et il suf- fit de peu pour que nous, êtres civilisés et éduqués, retombions dans notre état sau- vage originel.

Il est beaucoup question de mort et de sexe, et crûment. Comment représen- terez-vous cela sur le plateau ?

Le travail au plateau avec les acteurs n’a pas encore commencé. Nous sommes au stade de lectures préparatoires. Donc… Des idées. Des choix. Des propositions. Nous verrons ce qui apparaît lors des ré- pétitions. En revanche, c’est un théâtre qui s’appuie sur une langue puissante et précise qui doit être prise en charge par les acteurs. Les frustrations de Peter et Ann se retrouveront dans leurs corps. Un appel à la jouissance bestiale pour l’une. Un blocage physique, lié à une homosexualité refoulée, pour l’autre. Quant à Jerry, il est comme un lion lâché dans la jungle des villes et cette liberté doit être palpable dans une sen- sualité affichée. Le travail de conception de l’espace démarre. Je ne sais pas encore s’il y aura un seul lieu ou s’il se transfor- mera… Comment raconter la ville, la nature, la prison? L’Upper East Side et Central Park (devenus depuis territoires woody-alléniens par excellence) ?… La civilisation qui domestique la nature sauvage en croyant l’idéaliser. N’était-ce pas la chimère même de Frederick Law Olmsted (1822-1903), l’architecte-pay- sagiste qui inventa Central Park ?

En quoi la pièce vous semble-t-elle essentielle aujourd’hui ?

La pièce est un chef d’œuvre qui révélera ses secrets et ses richesses avec le temps. Mais, la question centrale est celle du vivre ensemble. À deux, en couple. À plusieurs, en société. Faut-il céder aux injonctions éternelles et se marier pour la vie avec une personne du sexe opposé? Alors que l’épanouis- sement sensuel passe peut être par d’autres types de relations plus fugaces et sauvages. Faut-il accepter tous les us et coutumes en vigueur pour se civili- ser et vivre sagement en communauté? Mais, sans lois, l’humanité retomberait dans le chaos où la loi du plus fort serait la seule règle…

La presse en parle

1206925-new-york-times-logoLors des premières représentations du diptyque, un critique américain décrivit dans le New York Times : « Une expérience haletante et essentielle. Si Homelife est une gifle, The Zoo Story est un coup de poing dans l’intestin. Edward Albee n’a aucun équivalent dans le théâtre américain. »