Théâtre 95

Le philosophe  ?  Portrait pour La Croix

Conférence Joël Roman

« Eux et nous »

Quelle place pour la culture dans une société en crise ?

Mercredi 11 mai à 20h30

 

Joël Roman est né le 26 octobre 1955. Philosophe, membre du comité de rédaction d’Esprit, collaborateur de la Ligue de l’enseignement, il a été directeur de la collection Pluriel (Fayard). Actuel président de l’association « Islam et laïcité », il a notamment publié :

Coordination, avec Etienne Tassin et Jacques Message, du numéro d’Autrement « A quoi pensent les philosophes », 1988.

La démocratie des individus, Calmann-Lévy, 1998.

Chronique des idées contemporaines, textes choisis et présentés, Editions Bréal, nouvelle édition revue, 2000.

Eux et nous, Hachette littératures, 2006.

 

« Quelle place pour la culture dans une société en crise?  »

En effet, on pourrait attendre du développement de la culture une réponse à la crise que traverse la société. Or l’on observe aujourd’hui un délitement des politiques culturelles, des attaques répétées contre œuvres et artistes, l’abandon d’exigences artistiques au bénéfice de œuvres de divertissement.

Un préjugé tenace nous fait penser que nous pouvons attendre d’un développement de la culture un développement de la démocratie. D’où le prestige dont a longtemps joui l’idée de de démocratisation culturelle, sensée produire du même mouvement une élévation du niveau culturel de l’ensemble de la population et un approfondissement des mœurs démocratiques. Or rien n’est moins sûr : d’une part l’une des dynamiques sociales à l’œuvre dans les politiques culturelles semble produire un renforcement de l’offre culturelle, qui bénéficie essentiellement aux élites culturelles, et favorise le développement de l’entre-soi de ces élites. D’autre part le développement des industries culturelles produit au contraire un mouvement de massification culturelle qui est davantage une uniformisation des formes culturelles. Peut-on échapper à devoir choisir entre soutien à la création artistique, potentiellement élitiste, et accompagnement de la massification, qui comporte certes une part de démocratisation, mais vient redoubler ce que le marché valorise ? Peut-on trouver dans la valorisation des formes culturelles émergentes, par exemple en banlieue, du côté des exclus de la grande culture comme de la centralité démocratique, une troisième voie prometteuse, qui installe davantage la culture comme enjeu de reconnaissance ?