Théâtre 95

Sans titre-3

Bérénice de Racine

de  Jean Racine
Mise en scène de Yannik Landrein

Mardi 8, mercredi 9, vendredi 11, samedi 12, mardi 15 et vendredi 18 octobre à 20 h 30
Jeudis 10 et 17 octobre à 19 h
Vendredi 11, mardi 15 et vendredi 18 octobre à 14 h 30
Dimanche 13 octobre à 16 h 

Bérénice est l’histoire d’un mensonge long de cinq ans, d’une passion aveugle et de leur « effet papillon ».

L’empereur Titus achève de rendre les honneurs funèbres à son père Vespasien. La rumeur dit que, se sentant libre désor- mais, il va épouser Bérénice, la reine de Palestine. Antiochus, le roi de Comagène, confident du couple, s’apprête, après cinq ans d’amour muet, à lui déclarer ses sen- timents, avant de quitter Rome pour toujours. Dans le même temps, conscient que son devoir s’oppose à cet union, car le Sénat a toujours interdit à l’empereur d’épouser une reine étrangère, Titus se résout à renvoyer Bérénice dans son pays et demande à Antiochus de lui délivrer le message d’adieu et de départ qu’il n’a pas osé lui adresser lui-même. La reine refuse de le croire. Elle tente en vain de fléchir Titus et semble décidée à mourir plutôt que de renoncer à son amour…

Avec Julien Bouanich, Florent Dorin, David Houri, Pauline Huruguen, Yannick Landrein, Julie Moulier et Stanley Weber

Scénographie Charles Vitez, Lumière Julien Dubuc, Son Grégoire Letouvet

Coproduction Mouvement du 22, Théâtre 95, Théâtre d’Annonay / avec la participation artistique du Jeune théâtre national 

 

Biographie de Yannik Landrein

PastedGraphic-1Né en 1984, Yannik Landrein débute sa formation théâtrale au CNR de Versailles, avant d’intégrer l’ESAD, puis d’entrer au Conserva- toire national supérieur d’Art dra- matique, dans les classes de Daniel Mesguich et Nada Strancar.

Ces années lui ont permis de rencontrer et de travailler avec des artistes tels que Jean Claude Cotillard, Nicolas Bouchaud, Michel Didym, Sophie Loucache- vski, Yves Beaunesne, Hans Peter Cloos, Caroline Marcadé, Chris- tophe Patty…

En 2012, il interprète le vicomte de Valmont dans Les Liaisons dange- reuses, mis en scène par John Malko- vich au Théâtre de l’Atelier, et il jouera en 2014 dans Comme il vous plaira de Shakespeare sous la direc- tion de Patrice Chéreau au Théâtre de l’Odéon. Bérénice est sa première mise en scène.

Interview de Yannik Landrein

Bérénice de Racine a été écrit dans un contexte particulier, que pouvez-vous nous en dire ?
Yannik Landrein : Un an auparavant, une cabale fomentée par Corneille avait fait tomber Britannicus. Mû par un désir de revanche et de recon- naissance, Racine s’attelle aussitôt à l’écri- ture de Bérénice. En même temps, Cor- neille compose Tite et Bérénice. Les deux pièces sont présentées à une semaine d’intervalle. Il est fréquent à l’époque que plusieurs auteurs s’emparent d’un même sujet, mais, cette fois, ce sont les deux poètes les plus puissants de leur temps qui se confrontent, deux auteurs qui au sur- plus se détestent. Le concours d’écriture devient vite une guerre qui oppose deux mondes, deux générations, deux ma- nières de penser le théâtre. La Tradition contre le Renouveau. Avec, en jeu, ni plus ni moins que la supériorité incontestée de l’un sur l’autre. La victoire est sans appel. Si Tite et Béré- nice rencontre un succès plus qu’hono- rable, Bérénice de Racine le surclasse dans tous les domaines et le public parisien adopte instantanément la tragédie nou- velle proposée par Racine. Ainsi, trois ans après qu’Andromaque eut révélé le talent prodigieux de Racine, Bé- rénice consacre son génie.

Que vous évoque cette histoire de la guerre des Bérénice ?
Quand Racine écrit les premiers vers de sa pièce, il est seul contre tous. Ses seuls alliés sont sa confiance et son talent. Cette histoire nous dit d’abord le courage, la foi, l’audace, l’impertinence, la fougue, la révolte, l’insoumission avec lesquels Racine a composé cette œuvre et avec lesquels nous devons travailler Bérénice, si nous voulons lui être fidèle. Surtout, Bérénice était le manifeste de la révolution théâtrale voulue par Racine. Elle nous dit que l’art est un combat pour exister dans un monde qui ne nous appartient pas, mais qu’il nous faut conquérir. Et nous souffle que, pour arriver à cela, nous devons croire en notre génie.

Quels ont été vos partis pris dans la mise en scène ?
Ce qui est ironique, c’est qu’aujourd’hui on voit la tragédie classique de la même manière que Racine voyait la tragédie cornélienne. À savoir poussiéreuse, em- phatique, invraisemblable, et très éloi- gnée de nos réalités. Racine voulait une tragédie dépouillée, concentrée sur l’essentiel, une tragédie pure, rajeunie, et surtout qui peindrait de la manière la plus fidèle qui soit toutes les subtilités de la passion humaine. La mise en scène s’attachera donc à traduire le désir de Racine, en offrant aux acteurs un terrain de jeu propice au spectacle des passions, et aux spectateurs un labo- ratoire fantastique où l’homme devient tout et tout devient humain.

Pourquoi un jeune metteur en scène s’attaque-t-il à un classique comme Bérénice ?
D’abord, il y a eu ce constat que mes batailles et mes révoltes sont les mêmes que celles de mes contemporains : une réaction aux réalités sociales et politiques dans lesquelles nous évoluons… Mais parce que je crois à l’idée que l’art doit inspirer le quotidien bien plus que le quotidien n’inspire l’art, mettre en scène Bérénice s’est imposé comme une respira- tion nécessaire par rapport à cette colère générationnelle dont je suis moi-même porteur. La force du théâtre racinien, c’est que, loin d’être une mise à distance, il est une prise de hauteur. Bérénice n’a pas vocation à être un panse- ment sur la fracture sociale, son objet est de mettre l’homme dans ce qu’il a de plus éternel face à ses questions essentielles. Elle ne se préoccupe pas du particulier, seul le fondamental l’intéresse. De fait, il était important pour moi de faire entendre que le terme « classique » définit certes un cadre littéraire, mais pas un propos, ni une pensée. « Classique » ne signifie ni « archaïque » ni « convention- nel ». Les questions que pose Bérénice, les faiblesses qu’elle éclaire, l’humain qu’elle révèle ne sont pas d’un autre temps. C’est nous, dans ce que nous avons de plus contemporain.