Théâtre 95

Amor Mundi The-Group -Crédit Serge Gutwirth DSC08722-2 - copie

Amor Mundi

D’après Hannah Arendt

CONCEPTION ET MISE EN SCENE : MYRIAM SADUIS
TEXTE DE MYRIAM SADUIS, VALÉRIE BATTAGLIA 

mardi 14 avril à 20 h 30, mercredi 15 avril à 20 h 30,  jeudi 16 avril à 20 h 30, vendredi 17 avril à 20 h 30 au Théâtre 95
Du 9 au 19 septembre 2015 au Théâtre Océan Nord-Bruxelles

 

Myriam Saduis s’entoure d’une exceptionnelle bande d’acteurs et affronte, à travers la figure d’Hannah Arendt, la question de « l’héroïsme intellectuel ». Dans une atmosphère onirique, baignée de murmures, de nuit et de vent, on voit la pensée au travail comme une intuition perforante, traversant les cauchemars et la mélancolie. 

avec Romain David, Laurie Degand, Jérôme de Falloise, Soufian El Boubsi, Mathilde Lefèvre, Aline Mahaux, Ariane Rousseau

dramaturgie Valérie Battaglia / assistant à la mise en scène Jean-Baptiste Delcourt / scénographie et costumes Anne Buguet / lumière Caspar Langhoff / bande-son Jean-Luc Plouvier / Assistant mouvement : Vincent Dunoyer / Diffusion Nathalie Kamoun / Photos de plateau Serge Gutwirth / Assistante costumière Leila Boukhalfa / stagiaire au son Charles Fauville

Une production de : Compagnie Défilé,  Théâtre 95, Théâtre Océan Nord/Avec l’aide de la Fédération Wallonie Bruxelles – Service du Théâtre/ Centre des Arts Scéniques et le soutien de La Maison de la Culture de Tournai / La Métive – Résidence d’écriture

Contact et infos diffusion : myriamsaduis.org

 

 

logofigaroAvec Amor mundi, Myriam Saduis évoque la philosophe allemande dans un spectacle rare et éclairant qu’elle a composé avec Valérie Battaglia. Entre histoire, poésie et onirisme. (…) Point de pesante leçon de philosophie ou de politique. Ici, la pensée vit, la pensée flambe. Et c’est saisissant! (…) On n’aura rien dit de ce grand travail si l’on ne célèbre pas le jeu des sept comédiens et la sophistication du son (Jean-Luc Plouvier, Christophe Guiraud). Sensibles, sensuels, rigoureux, ils nous offrent le mystère et la grâce. Dans la partition de Hannah, la jeune Mathilde Lefèvre est belle, libre. Ressemblante. (…)

En savoir plus

Parce que l’histoire du monde les a confrontés à des questions jusqu’ici inouïes, Hannah Arendt, son mari Heinrich Blücher et leur « tribu » — Hans et Lore Jonas, Mary McCarthy, Robert Gilbert … — en exil en Etats-Unis, s’efforcent de « penser sans garde-fou ».
Quand tout se délite, vient la question : qu’est-ce que penser ?  Et d’abord, y faut-il du génie ?
Dans cette méditation tempétueuse où la conférence le dispute au rêve éveillé, où surgissent les morts pour tenir la réplique aux vivants, se profile une réponse inattendue : oui, le génie de l’amitié. Le génie de la nuit et de son espace, de la turbulente tribu des amis, de l’infini tissage des histoires et des questions, qui tient le chagrin en échec.
A travers cette partition chorale, on « philosophera » d’une manière inédite, physique et onirique. Ceci n’est pas un biopic, un cours, un séminaire — c’est plutôt l’envers du décor. Il est minuit. Le vent souffle. « Nous sommes tombés dans un trou », dit Hannah à son mari. Il va s’agir de se faire la courte échelle jusqu’au matin : « penser ».

Distribution

Mathilde Lefèvre, Hannah Arendt (La Mouette, un Uomo di Meno — Jacques Delcuvellerie)
Jérôme de Falloise, Heinrich Blücher (Le signal du promeneur — Raoul Collectif ; Money de Françoise Bloch)
Soufian El Boubsi, Hans Jonas  (Sans Ailes et sans racines  —  Hamadi ; La nostalgie de l’avenir — Myriam Saduis)
Romain David, Robert Gilbert (Le signal du promeneur – Raoul Collectif)
Aline Mahaux, Mary Mac Carthy (La nostalgie de l’avenir — Myriam Saduis ; Homme sans but — Coline Struyf)
Ariane Rousseau, Lore Weiner-Jonas (Notre peur de n’être ­— Fabrice Murgia)
Laurie Degand, l’étudiante (La gêne du clown— Georges Lini)

Les auteurs

Myriam Saduis

Metteur en scène française vivant à Bruxelles, elle a découvert le théâtre lors de stages avec Ariane Mnouchkine avant se former à l’INSAS en Belgique. En 2008, elle crée Affaire d’âme d’Ingmar Bergman. En 2012, La nostalgie de l’avenir, lumineuse adaptation de La Mouette de Tchekhov, rencontre un immense succès public, salué par deux prix de la critique Belge (Mise en scène et Interprétation féminine). Sa compagnie, Défilé, est très active en Belgique.

Valérie Battaglia

Normalienne et diplômée de l’Institut d’Études théâtrales de Paris III-Sorbonne Nouvelle, elle est d’abord spécialiste du théâtre ouvrier en France durant l’entre-deux-guerres et de Romain Rolland. Autrice de nombreux articles politiques et esthétiques, elle est depuis longtemps une collaboratrice dramaturgique de Joël Dragutin.

Interview de la Terrasse

logo_la_terrasse« Penser est la seule façon de lutter contre le mal dans le monde. »  Pourquoi choisir de construire un spectacle autour d’Hannah Arendt ?

Myriam Saduis : J’ai toujours pensé que la vie d’Arendt était très liée à son travail. Ce n’est pas une pensée qui s’élabore en dehors de l’existence, de l’expérience : du fait des circonstances historiques, évidemment, mais peut-être aussi parce que c’est une femme. D’où cette idée de travailler sur le pont entre la pensée et l’expérience, le concret et l’abstrait : comment dominer l’un sans dominer l’autre ? Une jeune femme qui se disait apolitique, qui ne s’intéressait qu’à la philosophie, la poésie et la littérature allemandes a vu sa vie tranchée par le fracas de l’Histoire, la montée du nazisme et de l’antisémitisme. Elle avait commencé sa vie philosophique par une thèse sur le concept d’amour chez Augustin et a été arrachée à la philosophie et à l’Allemagne pour devenir une exilée sans papiers : son œuvre suivante, c’est Les Origines du totalitarisme.

Comment avez-vous travaillé à cette adaptation ?

Valérie Battaglia : Nous avons écrit le texte ensemble et l’avons travaillé avec les acteurs en choisissant des axes montrant comment vie et pensée étaient reliées autour des thématiques de l’exil et de la vie de l’esprit. Tandis que nous vivons, nous nous retirons de l’expérience pour penser, spéculer, parler avec les morts et choisir ses compagnons dans le passé. Au milieu des relations qu’elle entretient avec ceux qui composent ce qu’elle appelle sa « tribu », Arendt dialogue avec Hölderlin, Périclès, Socrate. Philosopher, c’est dialoguer.

M.S. : Les six personnes réunies forment un groupe. Nous tenons à montrer que la pensée n’est pas réservée à une catégorie de gens spéciaux. « Il faut se réjouir que penser n’appartient plus aux penseurs professionnels », disait Arendt. Penser est la seule façon de lutter contre le mal dans le monde.

Quelle est l’actualité de cette œuvre ?

V.B. : Arendt pose des questions jamais pensées avant elle. Elle est – avec son ami Hans Jonas – de ceux qui nous ont fait sortir de la modernité qui croyait en un progrès et une croissance illimités. En pensant les horreurs du XXème siècle, elle nous incite à affronter nos responsabilités : l’avenir de notre planète et de notre espèce est entre nos mains.

M.S. : De même qu’Arendt dialoguait avec les morts, nous pouvons dialoguer avec elle et les siens, qui nous offrent les questions que nous sommes responsables de penser. En revenant dans notre monde, ils nous font revenir à nous et à notre condition de terriens.

Catherine Robert

 

 

Les présents, les absents et les Anges - note de Myriam Saduis

Le fardeau des temps

Voilà longtemps que je tournais autour du nom d’Hannah Arendt… tout en résistant à un spectacle centré autour d’une seule figure d’exception.
Puis soudainement, une image — a-t-elle surgi ? s’est-elle imposée ? Ce fut une image-surprise, lumineuse et très précise : Hannah Arendt était là, sur un plateau de théâtre, entourée de gens qu’elle aimait, et elle dansait. L’image d’une pluralité sous les cieux, d’un corps revenant à la vie, d’un corps pensant en mouvement… Amor Mundi est l’enquête sur cette image.

Notre récit commence à partir de la publication des Origines du Totalitarisme, au sortir de cet « vacarme d’enfer » que fut, pour tout ce groupe, la guerre de 39-45. « Depuis que je sais que vous êtes passés sains et saufs à travers tout ce vacarme d’enfer, écrit Arendt à Karl Jaspers, je me sens de nouveau un peu plus chez moi dans ce monde ». Ce n’est pas la philosophe qui vient discourir ici, c’est toute une bande de réfugiés, sans sol où s’arrimer, qui savent qu’il importera désormais plus que tout de se montrer solidaires et de s’aimer avec force. Parce qu’ils relèveront les impératifs de leur condition humaine, ils consentiront à nouveau au monde, combattront pour qu’un avenir commun redevienne possible tout en portant toujours en eux la mémoire irréductible du fardeau des temps.

La vie de l’esprit 

La jeune femme, Juive allemande émancipée, étudiante en théologie, apolitique, qui a fait sa thèse sur Le concept d’amour chez St Augustin, a été emportée par le flux de l’Histoire. Celui-ci fera d’elle une apatride affrontant la guerre, la destruction des Juifs d’Europe et l’exil définitif. Elle y répondra en devenant une « philosophe » tournée vers l’amour du monde, vers ce qu’elle appelait la vita activa.
Pourtant, même dans le fracas des temps, jamais Arendt ne renoncera à ce qui constitue le plus profond de son être : la pensée comme vita contemplativa. C’est La vie de l’esprit qui conclura toute son œuvre politique, en un dernier mouvement dont on perçoit qu’il est, en réalité, son thème principal.
« Si jamais j’ai appartenu à quelque chose, c’est à la philosophie allemande, à la poésie allemande, je n’ai pas d’autre patrie… »

Qu’est-ce que penser ?

Amor Mundi est d’abord un spectacle sur la question : « qu’est-ce que penser ? » — comment « ça émerge ? » — Hannah parle, dialogue, dans une mentalité élargie : avec ses amis, avec les vivants comme les morts. Tous sont là, à présence égale. Pour ce « portrait de groupe avec Hannah » seront convoqués sur notre scène autour de Hannah Arendt, philosophe, théoricienne politique :-Heinrich Blücher, son mari, philosophe autodidacte,
-Hans Jonas, philosophe, ami de jeunesse d’Hannah Arendt, ayant fait ses études avec elle en Allemagne, élève de Heiddeger,
-Lore Weiner-Jonas, épouse de Hans, grande amie d’Arendt,
-Robert Gilbert, musicien, auteur, metteur en scène, communiste spartakiste, le meilleur ami d’Heinrich Blücher,
– Mary Mac Carthy, écrivain américaine, critique littéraire, meilleure amie d’Arendt
– Marianne-Sarah, une étudiante.

Qui sait choisir ses compagnons …

Autour d’Hannah et sa tribu, il y aura aussi ces absents-présents : Homère, Socrate, ses parents, Martin Heidegger, Walter Benjamin et son Ange de l’Histoire … Et puis les mots … ces mots chéris par elle, mots de sa langue maternelle retenus dans sa mémoire. Fragments de grec, de latin,… ces « langues originelles » comme des présences musicales et vivantes.

Hannah Arendt pensait poétiquement, avec les forces de l’imagination, dont elle rappelait souvent que Kant les reliait intimement au fait même de penser… Dans ce « Royaume des esprits » qui l’habitait, les Grecs sont toujours vivants : Platon, Homère, Thucydide, Hérodote… mais aussi ses poètes aimés, Hölderlin, Schiller, Shakespeare… leurs mots continuaient d’agir à travers celle qui donnait cette si belle définition de l’homme cultivé :
« Celui qui sait choisir des compagnons parmi les hommes, les choses, les pensées, dans le présent… comme dans le passé ».

 

 

Amor Mundi